04 février 2007
J'ai menti
Ce livre d'une jeune femme de 22 ans ou elle avoue avoir menti !
A quatorze ans elle accuse son père d'avoir des relations incestueuses avec elle, il passera six ans en prison...
Il ne s'agit pas de la juger.
Virginie Madeira avait 14 ans quand elle a raconté à l'une de ses
copines de classe que son père avait «abusé» d'elle, comme on disait
dans les feuilletons américains qu'elle regardait goulûment à la
télévision. Aujourd'hui, sept ans plus tard, elle publie un livre -
coécrit avec la journaliste Brigitte Vital-Durand - pour crier
publiquement: J'ai menti (Stock). Mensonge, son enfance déchirée depuis
l'âge de 6 ans par les mains paternelles. Mensonges, les caresses et
les viols pendant que la mère travaillait ou dormait. Mensonges, les
«déclarations» extirpées de sa bouche immature par la directrice du
collège, les enquêteurs et le juge d'instruction. Mensonges, les
accusations confirmées devant la cour d'assises. Et lui, le père, qui
vient de passer plus de six ans en prison et reste privé de ses droits
civils, attend que la justice lui rende son honneur. Encore stupéfait
de ce qui lui est arrivé, Antonio Madeira répète et répète encore: «Ma
fille n'était qu'une gamine. Avant de croire les enfants, il faut mener
des recherches approfondies.» Sa femme le coupe: «Ils ont cru bien
faire.» Il s'incline devant l'évidence: «Ils ont cru bien faire.»
Plus grave, plus perturbant: tout le monde a eu envie de croire à la
confession de Virginie. Par souci de la protéger, sûrement. Par réflexe
bienveillant. Mais aussi par conformisme. Comme le souligne son père,
«c'était la mode, on croyait les enfants automatiquement». Pendant des
décennies, on s'est tellement trompé dans l'autre sens. Dans le dossier
Madeira, il n'y avait pas de raison de soupçonner l'adolescente d'être
une affabulatrice. C'était une élève de troisième plutôt sage, une
fille qui ne faisait pas de bruit. Pas vraiment le profil d'une
hystérique, l'expert psychologique le soulignera, jugeant son discours
«totalement crédible et fiable». D'ailleurs, pourquoi aller accuser son
père d'inceste quand rien ni personne ne vous y conduit?
Oui mais alors pourquoi ? Une ado qui s'ennuyait ferme, une ado qui avait envie qu'on la considère, que l'on s'occupe d'elle, invente cette histoire pas à un moment elle ne dément durant l'instruction et quand dans le tribunal la sentence tombe et condamne son père, elle lui demandera d'une voix faible ou lui seul entend "pardon".
Si on lit ce livre on a envie de se mettre en colère contre cette jeune femme face à son irresponsabilité, que ses quatorze ans ne sont pas une excuse, que son histoire même racontée sans se chercher d'excuses, même en se condamnant elle même par ses propos, on a envie de crier, de hurler, que dans le monde il y a des enfants qui sont EUX véritablement violés et qui se taisent, des enfants dont on a véritablement détruit l'enfance, elle, a détruit sa famille elle s'est détruit d'elle même...
Et si à l'époque cette jeune fille avait un blog et aurait racontée cette histoire à mots couverts, pour se dire "des personnes s'intéressent véritablement à moi", il y a des blogs ainsi, ou, des jeunes filles disent avoir vécu l'inceste, elles échangent leur adresse msn, se racontent à des adultes en faisant promettre de ne rien révéler tout comme Virginie à sa copine à l'époque...
Ces ados sont en recherche d'identité, on sait que cette période est difficile, elles sont la plupart du temps en conflit avec leur propre famille car elles ont du mal à accepter les règles et veulent grandir trop vite être libre trop vite.
Elles deviennent vite manipulatrices...
Une «vérité» admise par tous
Antonio Madeira, lui, n'a pas
contribué à dissuader la justice. Il n'est pas très à l'aise avec les
mots. Certes, il a clamé son innocence. Mais, à la fin d'une garde à
vue où il s'est vu, dit-il, «sali», menacé, humilié, son avocat lui
explique que, s'il voulait échapper à la prison, il devait au moins
avouer des attouchements. Le père de Virginie veut sortir de ce
cauchemar. Il est obsédé par la maison clef en mains qu'il doit livrer
impérativement. Et il est persuadé que tout cela va s'arrêter, que la
petite va dire la vérité. «Ils m'ont mis en liberté. Mais, un mois et
demi plus tard, la cour d'appel m'a fait mettre en prison.» Le 12 juin
2001, à Reims, le procès ne dura qu'une journée. Antonio Madeira
regarde impuissant sa fille écouter tête baissée le réquisitoire. Il
attend qu'elle réagisse. Ses avocats l'ont adjuré de maintenir ses
aveux concernant les attouchements: «Sinon, vous ne serez plus
crédible.» A la dernière minute, l'un d'eux l'exhorte à «limiter les
dégâts»: «Dites comme votre fille, avouez tout. Vous voulez prendre
vingt ans, ou quoi?» Antonio Madeira est affolé, il pense à son
entreprise, à tout ce qu'il a construit. Il est sûr que, s'il valide
les accusations de sa fille, celle-ci va protester. Il avoue. Le
verdict tombe: douze ans. Virginie court se jeter dans les bras de son
père: «Pardonne-moi!» Il murmure: «T'es une brave fille.»
Elle explique maintenant que, du début à la fin de cette histoire, ado placide, elle était totalement passive, dans un état second, «une sorte de bulle, comme dans un film». Tout le monde à l'époque lui dit que son histoire est vraie, même les experts, qui ont décelé un hymen endommagé. Elle reviendra au réel en retrouvant enfin sa maison, le 25 juin 2002. Au début de l'été, elle va voir sa mère dans sa chambre: «Tu sais, ce n'est pas vrai, tout ça.» La mère évoque les examens gynéco: «Il y a eu quelqu'un?» Virginie dit que non, elle ne comprend pas. «Il faut faire sortir papa.» Depuis, elle se bat. Un premier médecin lui confirme qu'elle est vierge. Les détériorations légères constatées résultent d'une opération urologique subie à 6 ans. Au début, personne ne la croit. Les premiers avocats qu'elle contacte la supposent manipulée par sa mère. Mal ficelée, la requête en révision déposée en 2003 est rejetée. En 2004, l'Institut de médecine légale portugais confirme: «La personne examinée n'a pas eu de pratiques sexuelles.» Une nouvelle requête est déposée en juillet 2006 par Me Jean-Marc Florand.
Question d'honneur. Pour le reste, les quelques amis, la maison de 300 mètres carrés, l'entreprise, la réputation, «on a tout perdu», soupire Antonio Madeira. Mince et sec, il secoue le front. Encore une fois, les mots lui manquent. Sa femme prend le relais: «Tu te souviens, tu citais ce proverbe portugais. La vérité, c'est comme l'huile qu'on jette dans l'eau, elle finit toujours par remonter.» Ils n'en veulent pas à leur fille: «Elle était si jeune, dit sa mère. On a juste du chagrin.» La nuit est tombée. Une fois de plus, sa mère supplie: «On t'a travaillée pour que tu ne changes pas d'avis ou tu as perdu la tête?» Virginie dit qu'elle ne sait pas. Sa mère pleure: «Elle ne sait pas, elle ne sait pas!» La fille la regarde avec tendresse. Son livre explique que la justice ne doit pas se laisser aveugler par les certitudes.
Et si un jour vous rencontrez une jeune adolescente par le hasard du net et qui vous semble si fragile par ses poèmes, et qui à mot couvert dit qu'elle a subie un inceste comment la croire ?
C'est déjà arrivé...








